Les universités africaines à l’épreuve de la mondialisation des connaissances et de la gestion des compétences

19 octobre 2007

Le LMD :  Les universités africaines à l’épreuve de la mondialisation des connaissances et de la gestion des compétences : 

« La réforme de l’Université est une réforme qui doit transformer l’organisation même du savoir, aider à affronter les problèmes fondamentaux des individus, des sociétés et de l’humanité. C’est une réforme civilisation pour la civilisation. » 

Edgar Morin

Introduction :  Cet article se propose d’analyser le contexte dans lequel la réforme LMD est intervenue en Europe et à partir d’une analyse comparative, de voir les implications de cette réforme sur l’université africaine ainsi que les implications pour les entreprises.

Pour mieux appréhender cette réforme, nous partirons d’une analyse diachronique pour démonter que le LMD n’est en partie qu’un élément d’une réalité qui la transcende à savoir l’évolution des systèmes sociaux et économiques. En effet, il s’agit d’une accommodation, d’une stratégie globale de production et de gestion de la main-d’œuvre suite au passage du modèle paradigmatique industriel au modèle de la compétence.

A partir de ces éléments de contexte, nous allons démonter que le LMD, après la réforme de l’Euro qui a permis d’homogénéiser l’espace économique européen, institutionnalise la production des ressources humaines permettant d’une part, la mobilité professionnelle au sein de cet espace géographique et politique et ; d’autre part, des échanges scientifiques entre les différentes universités. Ce qui constituera les différents éléments traités dans le premier chapitre.

Cette réforme permet de s’accommoder des changements intervenus dans les modèles de mangement (essoufflement du taylorisme et du fordisme comme système de management et de gestion des ressources humaines) ou prévaut la compétence suite au passage d’une économie industrielle à une économie des services que d’aucuns appellent l’économie de la connaissance.

Ces différents éléments, nous permettront d’aborder dans la deuxième partie de ce chapitre les dysfonctionnements de la formation universitaire en Afrique. En effet, nous essayerons de démonter que non seulement cette réforme est une nécessité mais elle permet de jeter un regard critique sur le fonctionnement de cette institution qui devra nécessairement s’ajuster  au fonctionnement des économies nationales conditionnées par l’internationalisation de l’économie (déterritorialisation des entreprises combinée à une délocalisation de la production secondaire) et par l’importation de modèles de mangement privilégiant l’efficacité et l’efficience sur la rationalité affective et redistributive (qui a entrainé la faillite des différentes entreprises nationales au lendemain des indépendances).

Après avoir montré les différents dysfonctionnements des universités africaines, nous allons nous intéresser dans le deuxième chapitre de cet article sur la manière d’importer ce modèle qui a été produit dans un espace géographique et politique avec des économies constituées en service et des marchés du travail encadrés, en Afrique ou l’économie n’entre pas dans un idéaltype ou une catégorisation économique rigoureuse du type primaire, secondaire, ou tertiaire. Ce qui nous permettra d’envisager dans la première partie de ce chapitre la question de savoir si la réforme LMD n’est  pas une réforme qui déborde les universités africaines et se poser une question plus complexe et qui nécessite une vision plus systémique pour devenir une véritable stratégie éducative. Stratégie qu’on devrait étudier et construire en fonction des économies nationales et des marchés du travail, objet de la deuxième partie de cet article.

En troisième et dernière partie de ce chapitre, nous allons voir comment les TIC nous permettraient d’adopter cette réforme et d’inscrire la production des ressources humaines selon le modèle compétence dans le marché-monde et de mutualiser les connaissances autant dans un échange interafricain qu’’avec les universités internationales.

I- Eléments de contexte 

Comme nous l’avons tantôt évoqué dans notre introduction, la réforme LMD s’inscrit et trouve sa légitimité dans l’évolution des systèmes sociaux et économiques du monde occidental. La variable économique est d’autant plus importante que l’on assiste à l’élaboration d’une stratégie globale qui déborde les cadres nationaux et qui institutionnalise la production des ressources humaines dans un espace géographique vaste et, qui oblige les universités à s’adapter aux besoins des « marchés du travail » et plus globalement des économies nationales et transnationales.

1-     Approche diachronique de l’évolution des systèmes économiques et sociaux :

Nous appuierons sur la théorie des vagues de développement d’Alvin Toffler (1970, 1980, 1993) pour saisir ces évolutions ainsi que la quintessence de cette réforme et de ses répercussions économiques et sociales. Il va se baser sur une vision évolutionnaire basée sur une approche complexe de l’histoire de l’humanité en privilégiant la variable économique avec moins de déterminisme et d’empreinte idéologique telle qu’on pourrait la retrouver  dans les différentes théories matérialistes et/ou socio-anthropologiques (évolutionnisme radical/darwinisme social/physiologie sociale).

La métaphore de la vague rappelle cette complexité et appelle une représentation mentale et idéal typique de l’histoire de l’humanité en montrant que l’émergence d’une nouvelle vague ne fait pas disparaître totalement la dernière. Selon lui, l’histoire de l’humanité peut se résumer en trois vagues :

-         La vague agraire : Il y a cent mille ans environ, les homos sapiens sapiens subsistent de chasse et de cueillette. Ils développement des stratégies pour vivre en osmose avec leur environnement. Alors, l’essentielle de l’activité humaine vise à satisfaire les besoins physiologiques des individus et la survie du groupe. Dix milles années après, afin d’assurer la sécurité alimentaire du groupe, les premiers agriculteurs-éleveurs apparaissent dans quelques plaines fertiles et irriguées. Peu à peu, l’activité principale devient agricole et la valeur clé réside dans la force humaine ou animale qui permet de réaliser les travaux des champs. Cette première révolution à l’échelle de l’humanité commence à dégager un excédent alimentaire qui favorise l’émergence d’autres activités : artisanat, commerce. La source essentielle de richesse étant constituée par la terre, l’organisation politique va se structurer autour de la possession ou du contrôle de territoires, donnant ainsi naissance au système féodal, aux royaumes et aux empires. Le type de pouvoir associé à cette vague est celle de la force brute essentiellement tirée de l’énergie humaine et animale. Avec les excédents alimentaires, va se structurer une nouvelle activité à savoir le commerce et l’argent comme valeur objective va supplanter la valeur symbolique que constituait le troc. L’émergence de la valeur marchande, la monnaie présage de la naissance d’un nouveau pouvoir qui va structurer les systèmes sociaux et politiques et remettre en question le système féodal. Grâce à l’accumulation du capital, et aux investissements consentis dans le domaine de la recherche, la révolution industrielle va prendre forme et l’on assiste à l’apparition des premières manufactures. -         La vague industrielle : Elle correspond à la révolution industrielle qui est apparue d’abord en Angleterre dans la première moitié du XIX siècle avant de s’exporter dans la partie occidentale de l’Europe notamment en France et en Allemagne. Dans cette vague, nous assistons au remplacement de la force brute par la force de la machine de la vapeur obtenue grâce au développement de la mécanique et des sciences dures. Nous assistons à la naissance du travail organisé avec le développement des premières manufactures et des usines associé à une production de masse, une consommation de masse avec des standards qui sont fonction du salaire et des statuts au niveau de l’entreprise (système de qualification et de classification). Autrement dit, si nous utilisons une analyse structuraliste, l’individu va dépendre d’une classe sociale défini en fonction de son statut et en fonction de son salaire. Ces classes sociales adoptent des schémas de consommation différents et l’on note un accès inégal à la culture (Bourdieu) et aux processus de prise de décision (Marx), et à l’émergence de la question sociale. Le nouveau pouvoir qui émerge est celui de l’argent (capital) qui remplace la force brute. 

-         La vague de la connaissance : Il situe l’émergence de cette vague vers les années 70. L’intuition de Toffler pour ne pas dire son génie a été de découvrir l’émergence d’un nouveau modèle paradigmatique basé sur le savoir. En effet, 100 000 ans après l’apparition des premiers chasseurs-cueilleurs, 10 000 ans après la révolution agricole, 200 ans après la révolution industrielle, un nouveau secteur d’activité émerge qu’on appelle communément le secteur tertiaire (ce qui ne relève ni directement de l’agriculture, ni de l’industrie). Il est essentiellement constitué de services qui occupent une place croissante dans le travail et le revenu national des économies nationales (75 pour cent en France). Ce qui peut se résumer par la formule de Jean Fourastié (1949) lorsqu’il disait que : « Rien ne sera moins industriel que la civilisation issue de la révolution industrielle »[1]. Ce qui caractérise cette économie, c’est qu’elle s’exerce essentiellement par l’information et qu’elle est dynamisée par la diffusion des ordinateurs et le développement des techniques de traitement, de stockage et d’échange des informations[2]. C’est le savoir lui-même qui constitue le nouveau pouvoir qui est capable de supplanter celui de l’argent principal pouvoir de la deuxième vague. En effet, là ou la force brute permettait de produire des denrées agricoles, là ou l’argent permettait d’investir dans les moyens de production fabricant en masse des biens de consommation tout en engendrant des bénéfices (soit davantage d’argent), seul le savoir peut améliorer les rendements agricoles, la qualité des produits (certification) et les bénéfices des investisseurs etc. L’évolution des cinquante dernières années confirme l’hypothèse de Toffler car nous notons une importance croissante de la demande des services personnels, de services collectifs et de services aux entreprises ( qui étaient considérés comme des « gisements d’emplois » dans le cadre du plan Borloo en 2005) et par la prépondérance de plus en plus affirmée des fonctions de gestion, de programmation et de recherche-développement par rapport aux tâches de production directe et par le rôle déterminant reconnu à l’investissement immatériel. Vague ou économie de la connaissance qui pose la problématique de la désindustrialisation et son corollaire la délocalisation de la production vers d’autres pays (dumping social, fiscal et environnemental) dont les répercussions vont jusqu’à l’évocation de l’hypothèse de la fin du travail (Rifkin ; 1996) dans les pays développés[3].    

Ce n’est pas l’essor du secteur tertiaire ainsi que ses conséquences globales qui constitue la question la plus importante en soi, mais une certaine homogénéisation dans les pays développés des investissements massifs pour développement du capital intangible. Capital intangible qui constitue la variable prépondérante pour décrypter les politiques d’innovation et de gestion du capital social et par conséquent de la réforme de Bologne qui constituera la deuxième partie de cette analyse.  2-     Economie de la connaissance et développement du capital intangible : Comme nous l’avons tantôt évoqué, la gestion de la main-d’œuvre aussi bien dans sa dimension qualitative que productive est devenue un des enjeux les plus importants des stratégies de la croissance dans les pays développés. Ce phénomène est apparu à la fin des Trente glorieuses, avec le développement d’une éducation de masse, d’un allongement du temps consacré aux études et le passage au niveau des entreprises du modèle de développement du personnel à la gestion des ressources humaines prémisses  pour reprendre Vincent Gaulejac d’une société malade de la gestion. L’humain devient la première ressource de l’entreprise et cet objectif est décliné dans toutes les politiques à travers la gestion et l’augmentation croissante de la part du PNB affectée au capital intangible. En effet, l’économie fondée sur la connaissance résulte d’un choc et d’une relation étroite entre une tendance relative à l’accroissement de la part du capital intangible (éducation, formation, capital humain, recherche et développement etc.) et la diffusion des TIC (Internet, infrastructures à haut débit). Cette relation a modifié considérablement les sources et la vitesse de l’innovation et du changement technologique, après la stabilité du régime fordiste de production. 

Tout au long du XIX siècle, la croissance économique mondiale a été soutenue en grande partie par l’investissement massif dans le capital tangible (structures et équipements, stocks, ressources naturelles) avec une main-d’œuvre peu qualifiée et disponible en quantité, alors qu’à partir des années 20, la croissance a été de plus en plus soutenue par la montée du capital intangible, faisant de cette forme de capital, la source essentielle du progrès technique et de l’accroissement de la productivité au travail (travailleurs mieux formés) en raison du rôle de la formation et de la productivité du capital (infrastructures, automation, division du travail) et du poids de la recherche et développement. Dès lors, l’évolution du capitalisme tend vers un rôle croissant de la connaissance, laquelle se développe à travers la définition de nouvelles formes d’organisation privilégiant l’apprentissage des travailleurs (modèles d’organisation apprenante ou basé sur la compétence auxquels nous reviendrons plus loin) et le développement des grands laboratoires de recherche et de firmes transnationales avec leurs corollaires à savoir la protection du savoir pour les uns (propriété intellectuelle, brevets) et pour les autres l’importation des modèles de management dans la pure logique positiviste dans tous les pays du monde.

De manière générale nous allons voir dans le chapitre suivant que la réforme LMD, s’inscrit de droit et de fait dans l’évolution du système libéral qui soumet les universités à l’adaptation au marché du travail.

3-      La réforme LMD au service de l’économie de la connaissance et du modèle de management par la compétence 

Le processus de Bologne qui se traduit en France par la réforme Licence / Master / Doctorat (LMD), prévoit la création d’un espace européen de l’enseignement supérieur et de la recherche où les niveaux de diplômes entre les états sont harmonisés à trois, cinq et huit ans d’études. Cette volonté politique, lancée en 1998, a été instaurée en France depuis 2002 et concerne désormais 45 états européens. Elle s’enracine dans une stratégie globale qui la déborde à savoir la stratégie de Lisbonne qui vise la mise en place d’une société de la connaissance. Cette stratégie est déclinée en ces termes : devenir « l’économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde d’ici 2010 capable d’une croissance économique durable accompagnée d’une amélioration quantitative et qualitative de l’emploi et d’une plus grande cohésion sociale »[4]

Derrière ce souhait d’harmonisation des niveaux de diplôme, l’Europe entend faciliter les échanges culturels et scientifiques mais aussi améliorer la lisibilité de la formation européenne dans le reste du monde. Elle se dote pour cela de quatre outils distincts : la généralisation du système des crédits (ETCS) pour établir des équivalences entre les  diplômes nationaux, la création de bourses de mobilité (Socrates, Erasmus, Leonardo), la création d’universités d’été européennes et la mise en place d’un conseil national pour le développement de la mobilité internationale.

Cette réforme, après celle de l’Euro qui a permis l’homogénéisation de l’espace économique permet d’harmoniser à travers une nomenclature unique la formation aussi bien dans le temps définis par les ETCS (système de crédits définissant le volume horaire de travail)  que dans l’Espace permettant la mobilité géographique professionnelle dans les entreprises que dans d’autres universités simplifiant par conséquent les procédures de VES (Validation des Etudes Supérieures).

Cette réforme institutionnalise la production des ressources humaines et selon nous est la conséquence de la tertiarisation de l’économie plus connue sous le nom de l’économie de la connaissance que nous avons évoqué dans la première partie de ce chapitre. En effet, avec le développement des TIC, la désindustrialisation, la réduction des emplois agricoles, la valeur travail se déplace du manuel vers l’intellect et disons que la gestion et la production des connaissances est devenu un pan entier de la fonction RH et Organisation qui avec les politiques de gestion de l’innovation est devenu une variable stratégique dans la concurrence des économies nationales[5].

Dans cette optique la réforme LMD tente de combler le vide qui s’est créé entre les entreprises et les universités et dans sa partie formelle, elle témoigne de l’appropriation par l’Etat contrairement à la tradition anglo-saxonne et conformément à la logique de l’Etat social, de la production des ressources humaines qui est aussi gestionnaire des politiques du chômage et des réformes du marché du travail.

Avec la notion d’employabilité, l’individuation des parcours professionnels, de la formation tout au long de la vie, et de le développement accéléré des connaissances sous l’impulsion des TIC, les étudiants (futurs salariés), les chômeurs de longue durée ainsi que les salariés en poste et/ou en reconversion, la valeur compétence ainsi que sa gestion est devenue l’objet à partir duquel l’on doit mesurer la valeur ajoutée de chacun au bon fonctionnement de l’entreprise et de manière générale de la société salariale. Valeur ajoutée qui impose à chaque salarié de devenir plus productif et de s’adapter par rapport aux changements technologiques sous peine de se disqualifier de la société de consommation. Elle devient ainsi outil de gestion qu’on appelle aujourd’hui mangement de la connaissance ou knowledge management qui n’est que la déclinaison de la société de la connaissance au niveau des entreprises.

L’autre versant de la réforme LMD est de participer à la polyvalence des ressources humaines produites par les institutions de formation (écoles et universités). En effet, avec le recul du taylorisme et du fordisme comme système de mangement, la réduction des effectifs et du temps de travail au niveau des entreprises, la polyvalence, la responsabilité, et la performance sont devenues des critères pour recruter et disons deviennent des critères absolus pour asseoir sa mobilité au sein de l’entreprise. Dans ce cadre la réforme LMD et avec elle, la loi de modernisation sociale en France (2002) permettent aux institutions de formation de s’accommoder des pratiques de management intervenus dans les organisations fussent-elles publiques ou privées : le management par la compétence.

Dans sa conception, la réforme LMD devrait constituer un atout considérable permettant aux universités de s’adapter aux transformations intervenues dans les systèmes de management ou prévaut la compétence et de réduire le chômage des jeunes sorties de formations inadaptées au marché du travail.

Dans une certaine logique d’analyse, nous pouvons affirmer qu’il n’y a point de développement sans infrastructures, sans santé, sans sécurité alimentaire ; de la même manière nous pouvons affirmer qu’il n’y a point de développement sans croissance soutenue des entreprises, sans services collectifs et sociaux, sans ressources humaines de qualité et sans développement d’activité. Aussi, avons-nous jugés nécessaire dans ce contexte de « fuite des cerveaux » des pays du Sud vers les pays du Nord préconisé par une certaine « immigration choisie » et l’immigration de masse soutenue par un afro-pessimisme intellectualiste, et par une certaine idée de déclin et de descente aux enfers de l’Afrique, de préconiser voire d’aborder la question de la modernisation des universités en Afrique, modernisation que nous permet aujourd’hui la réforme LMD. 

Aussi l’Afrique n’en déplaisent aux afro-pessimistes et aux tenants du développement endogène peut et doit s’approprier cet outil qui va permettre de réfléchir de manière critique sur les stratégies de production et de gestion de la main-d’œuvre ; et de réfléchir sur les moyens d’inscrire cette production dans le marché monde dans la perspective de développer le capital social au sens de Becker.

4-      Mutations de l’environnement international et dysfonctionnement de la formation universitaire en Afrique 

Dans les sociétés africaines en transition, il existe un manque d’informations lié à la paralysie du système administratif, au manque de structures de conseils, et l’obsolescence voire la non existence des dispositifs en matière d’insertion au sens général du terme les étudiants enter dans des filières sans réflexion préalable sur leur Projet Personnel et Professionnel (PPP) et d’augmenter par conséquent l’effectif des chômeurs sur le marché du travail. De manière générale, nous pouvons affirmer que l’orientation ainsi que l’insertion professionnelle des étudiants pose la question des réformes de l’enseignement   supérieur et particulièrement de l’enseignement public. Nous pouvons noter différentes mutations économiques endogènes et exogènes à la fois qui obligent les universités africaines à se réformer et à adopter le modèle LMD :

-         La globalisation de l’économie mondiale avec les délocalisations et la structuration d’entreprises modernes qui adoptent des modèles de management plus tournés vers la rationalité économique et l’efficience et qui embauchent de plus en plus au niveau local. Entreprises qui demandent la possession de certains diplômes européens ou reconnus comme tels. Leurs profils correspondent aux outputs des écoles de commerce qui par anticipation et benschmarking, ont diversifié leurs filières basées sur des référentiels compétences et certifiées ISO au détriment des universités publiques. Ecoles privées comme ISM (Institut Supérieur de Management), IAM (Institut Africain de Management) pour ce qui est du Sénégal, ont surfé sur cette vague de trans-nationalisation, de délocalisations, et de développement des petites et moyennes entreprises au niveau local. Ecoles de commerce qui les premières ont développé les mécanismes de co-diplomation avec des universités européennes, américaines ou canadiennes et qui participent à la reproduction sociale des élites dans les pays africains car les coûts de la formation sont exorbitants et ne sont pas accessibles à l’écrasante majorité de la population posant la question inéluctable de la démocratisation de l’enseignement supérieur. Nous assistons par conséquent à la reproduction sociale telle quelle est décrite par Bourdieu (1970) avec sa théorie de la circulation du capital. Ce qui nécessite au niveau universitaire la modification de certains diplômes généralistes en les professionnalisant davantage afin de concurrencer les écoles privées qui sont plus dans une logique de profit et de classification et de distinction que d’égalité des chances  afin de répondre aux besoins du marché du travail et en démocratisant la possession de certains titres.

-         Les politiques de privatisation (corporate governance) enclenchées depuis les PAS et qui nécessitent l’adoption de modèles de mangement plus tournés vers la recherche du profit que la logique redistributive et affective qui a prévalu dans la plupart des entreprises nationales et qui a entrainé leur faillite. Ce qui nécessite l’implication des universités dans la production de cadres dirigeants dans l’optique d’atteindre une masse critique au niveau national, afin de permettre que les étudiants intègrent mieux les milieux d’influence et de pouvoir dont les dirigeants sont produits et par les écoles élitistes d’administration et par les écoles privées.

-         Les politiques de création d’activité adoptées dans le cadre des stratégies de réduction de la pauvreté (DSRP), de croissance accéléré (CA) et des ODM  adoptées sous l’impulsion de
la BM et du FMI devraient permettre un développement d’activité afin d’inscrire les économies africaines dans la voie de la croissance. Ces stratégies créent des besoins en formation auxquels devraient se positionner les universités africaines en développant des sorties grâce à des diplômes professionnels du type licence général avec des possibilités de stage et/ou des licences professionnelles permettant la gestion de micro projets de développement. Ce qui peut favoriser la création d’activité et d’emploi seul gage d’une politique de croissance et donc de développement.

-         Une massification des universités africaines donnant l’impression d’une démocratisation de l’enseignement supérieur. Massification de l’enseignement supérieur qui conjugué avec les politiques d’ajustements structurels et la base large de notre pyramide des âges ont conduit à des effets pervers. En effet, la population très jeune est plus orientée vers des études universitaires classiques sans connaissances du fonctionnement réel du marché du travail qui entraîne le phénomène d’étudiant à vie. Etudiants qui ne peuvent pas être absorbés par l’Etat à travers les différents concours, ni par le marché du travail car certaines formations classiques et longues ne sont pas basées sur des référentiels compétences qui correspondraient à une famille d’emplois sur le marché du travail. D’où l’augmentation des « chômeurs » et des niveaux de sortie dès les premières années.

-         Un manque de développement de l’offre de la formation continue pour les salariés qui ne peuvent pas développer leurs compétences. Ce qui entraîne par conséquent une démotivation et une logique taylorienne de la division du travail avec le phénomène de « plateau de verre » atteint dès l’entrée au niveau des organisations autant publiques que privées. Au même titre que les DRSP, le développement des fonctions formation, la logique compétence, et l’individualisation des parcours des salariés, créent des besoins en formation sur lesquels les universités africaines peuvent se positionner grâce à la réforme LMD. En effet, nous pensons que l’un des préceptes de la réforme est de permettre de réfléchir sur les conditions d’un partenariat stratégique entre l’université africaine et les entreprises. Cette réforme est nécessaire et devrait permettre aux universités de développer de véritables stratégies marketing afin de gagner la clientèle que constituent les cadres, les cadres dirigeants et intermédiaires qui sont confrontées à la problématique de l’intelligibilité des changements complexes des environnements économiques, juridiques et techniques.

Dans notre logique d’analyse, nous pensons que la vocation des universités africaines est de mettre les connaissances et compétences au service du développement économique, des ressources humaines adaptées quantitativement  aux différentes sphères du secteur primaire (agriculture) du secondaire (industrie) et du tertiaire (TIC, éducation, santé, projets d’insertions sociale, professionnelle et culturelle)  afin d’intégrer les stratégies de lutte contre les nouvelles pauvretés et le développement du chômage de masse en Afrique.

En effet, si l’université est un établissement d’enseignement supérieur dont l’objectif est la production du savoir (recherche), sa conservation et sa transmission, elle joue non seulement un rôle social en façonnant les individus et en jouant un rôle d’égalité sociale et disons d’égalité des chances, elle doit s’arroger au XXI siécle les attributs de production des ressources humaines au service du développement économique. En l’occurrence la variable économique devient prépondérante dans la gestion et dans la production des futurs salariés dans le monde en général et en Afrique en particulier.

II LMD et développement des ressources humaines en Afrique 

Comme nous l’avons tantôt montré, le LMD est intervenu en Europe pour harmoniser le système de formation mais dans une large mesure consiste à une adaptation voire un ajustement du modèle de transmission des connaissances aux changements économiques visibles à travers l’adoption du modèle de management par la compétence. Cela induit l’hypothèse que l’inscription du modèle LMD dans les systèmes sociaux et économiques africains nécessite une adaptation en essayant autant que faire se peu de tenir en compte des différences réelles entre l’Europe et l’Afrique. En effet, les pays Africains ont une croissance économique instable (liés à des facteurs externes comme le pétrole et le déficit chronique de leur balance commerciale) et ou l’économie formelle et informelle se mélangent et surtout ou les pouvoirs publics n’arrivent pas à intervenir sur le marché du travail et à prioriser les domaines vus qu’ils vivent dans trois temps : le temps agraire, le temps industriel et le temps de la mondialisation.

1-       LMD base d’une nouvelle stratégie éducative ? 

La réforme LMD pour l’instant ne connaît pas des évaluations en France mais ce que l’on peut noter est l’explosion des formations professionnelles du type licences professionnelles et Master 2 professionnel qui arrivent même à concurrencer celles des écoles de commerce. Même s’il y a eu des avancées notables en France, force est de reconnaître que la structure ainsi que le contenu de certaines spécialisations sont restées les mêmes posant la question inéluctable de l’ajustement de l’offre de formation aux besoins quantitatifs et qualitatifs (certifications) du marché du travail. Cette question mérite d’être posée par la gouvernance universitaire africaine.

En effet, il y a lieu de se demander certaines questions comme la suivante : comment en arrive-t-on à manquer de médecins ou d’infirmières en Afrique alors que nous retrouvons à un autre niveau des filières pleines en Droit ou en sociologie ?

La question peut sembler paradoxale et certaines personnes objecteront que c’est une question de vocation. Nous répondrons premièrement que l’orientation scolaire est obsolète. En effet, dès le Bac, les jeunes choisissent les formations soit par « à priori subjectifs » (mimétisme) ce qui est une donnée immédiate de la conscience et que l’on peut traduire par réflexe ou intuition qui n’a aucun caractère objectif, soit par influence d’un aîné. Je ne tirerai pas de généralisation hâtive mais disons que la majorité des étudiants est confrontée à cette question d’orientation. Ce qui est un des premiers éléments qui entraine une rupture de la construction de la personnalité et qui entraine la spirale de mécontentements et d’étudiants à vie que nous connaissons tous.

Aussi l’une des premières reformes universitaires et qui sera la base sur laquelle fonctionnera le LMD en Afrique sera celle de l’orientation des élèves en travaillant en amont avec les services d’orientation des différents lycées et en créant des stages de découverte. Certains objecteront que ce n’est pas la mission de l’université qui s’occupe de l’enseignement supérieur. Je le reconnais certes, mais la vocation de l’institution universitaire est de produire ressources humaines de qualité au XXI siècle. Cette chaîne de production ne peut prendre forme tant que les personnes sont mal orientées produisant de la démotivation ou des inactifs sur le plan strictement professionnel.

Cette orientation n’est pas possible sans la présentation des différents référentiels métiers et des référentielles compétences qui décrivent les différents emplois et les différents métiers auxquels conduisent les diplômes. Ce qui nécessite la création de bases de données par les directions de l’emploi et de créer des répertoires opérationnels des métiers et des emplois basés sur le diagnostic des métiers, des emplois, et des postes du secteur public et privé. En somme, pour simplifier, disons que la réforme LMD doit nous permettre de réfléchir en amont sur l’orientation des étudiants avant l’obtention de leurs diplômes en l’occurrence le BAC et en aval sur l’insertion professionnelle après l’obtention de leurs diplômes universitaires.  Ce qui pose la question de l’adéquation des diplômes par rapport au marché du travail et disons de manière générale des politiques économiques générale et de la prospective sur les emplois et les compétences futures. Disons au passage que les marchés du travail diffèrent d’un Etat à un autre malgré certaines similitudes d’économies à dominante agricole et/ou industrielle. Ce qui nous permettra d’abonder dans le sens de la relation universités entreprises dans la seconde partie de cet article et plus généralement du rapport entre réforme universitaire et marché du travail en Afrique.

2-      Réformes universitaires et marché du travail : 

L’on n’a pas besoin de faire des études économiques pour comprendre que la première ressource de l’entreprise est le salarié. Mais ce salarié est souvent produit par les universités en majorité et les écoles de commerce. Tout cela pour dire que le diplôme est le moyen le plus sûr d’accéder à un emploi et l’un des moyens les plus sûrs au monde de ne pas rester sans emploi. Avec le développement du management et surtout de la logique compétence qui s’impose (savoirs, savoir-faire et compétences transversales), le diplôme à lui seul ne suffit pas pour intégrer l’entreprise, et donc il faut initier des stages de découverte des entreprises et de communiquer sur les métiers et les emplois auxquels peuvent conduire le diplôme. Stages obligatoires qui permettraient aux universités d’assurer une veille sur l’évolution du marché du travail et de s’inscrire dans une logique de complémentarité entre les compétences acquises (à travers le procès éducatif), les compétences requises (descriptif de poste) et les compétences transversales (savoir-être, inculcation de la culture d’entreprise).

Ainsi même si le contenu de certaines licences ne changent pas, l’on doit généraliser les stages obligatoires en entreprise et/ou dans le tiers-secteur de l’économie sociale au niveau de toutes les licences et d’affecter ce stage d’un nombre de crédits. Cela dit que l’étudiant pourra voir l’objectif auquel va-le conduire son diplôme. La construction de telles bases de données et les prospectives débordent les universités africaines. Autrement dit, cette refonte des diplômes n’est possible qu’en travaillant en réseau avec les différents ministères à savoir ceux de l’économie et des finances dont dépendent les services statistiques et du ministère du travail. C’est une donnée essentielle dans la mesure où la construction de tels diplômes et référentiels doit s’ajuster en fonction des besoins exprimes sur le marché du travail et sur les emplois futurs.

Dans cette logique, disons que la réforme LMD telle quelle est intervenue en Europe ne vaut pas pour l’Afrique ou le secteur tertiaire est moins développé que les secteurs primaires et secondaires. Cette donnée est en prendre en compte. Disons que le développement des entreprises et la création d’activité telle qu’elle est prônée aujourd’hui par le FMI et
la BM ainsi que les différents bailleurs de fonds, n’est possible que conjuguées à la réforme des différents diplômes universitaires africains en premier lieu.

En second lieu, il faut « tropicaliser » cette réforme. Prenons l’exemple de la sociologie pour ce qui est des sciences sociales et des sciences naturelles pour ce qui est des sciences dures pour illustrer nos propos. L’exemple de la sociologie n’est pas fortuit dans la mesure où les étudiants en sciences sociales connaissent plus de difficultés que les autres pour s’insérer professionnellement. Cette difficulté résulte de la méconnaissance par les entreprises des compétences et des connaissances acquises par les étudiants en sciences sociales d’une part ; et, d’autre part à la nomenclature des diplômes et des contenus de la formation d’autre part :

-         La sociologie à l’université Gaston Berger (Sénégal) connaît trois spécialisations à partir de la licence : travail et organisation, famille, et développement. C’est un enseignement classique dans lequel les étudiants ne font pas des stages comme en France d’ailleurs. Le LMD permettrait à cette université de changer non seulement la nomenclature des diplômes pour s’adapter aux changements du marché du travail mais aussi à créer des Master professionnels et recherche pour d’une part intégrer la fonction RH et/ou travail social dans le cadre de l’intervention sociale de manière générale. En effet, si la spécialisation travail et organisation devient organisation et gestion des ressources humaines avec un changement de contenu qui accorde beaucoup d’importance à l’économie et à la comptabilité qu’en droit social, cette formation pourra être reconnue sur le marché du travail et concurrencer les  licences de mangement des écoles de commerce et permettre les produits de ce système d’intégrer les fonctions intermédiaires dans l’entreprise. Si par ailleurs, on crée une autre mention portant sur la gestion des organismes sociaux, les outputs de ce procès de production des ressources peuvent intervenir dans différents fonctions du tiers-secteur qui fait beaucoup appel aux intervenants extérieurs issus du monde occidental et qui connaissent beaucoup de difficultés à décrypter et à arriver à l’intelligibilité des sociétés africaines dans lesquelles on note une imbrication, voire un  encastrement au sens de Polanyi (1983) de l’économique dans le social. Dans une autre perspective, la fonction recherche avec le développement des Masters recherches va favoriser le renouvellement des enseignants avec des écoles doctorales qui vont traiter non pas de la crise de l’Etat-providence en Europe, mais plus tournée vers des problématiques africaines comme par exemple les comportements politiques qui n’ont rien à voir avec l’Etat tel qu’il a été produit en Occident.

-         Nous retrouvons la même problématique au niveau des sciences naturelles à l’Université Cheikh Anta Diop (UCAD) à Dakar. Les étudiants de cette branche peuvent se spécialiser en troisième année de licence soit pour intégrer la médecine soit pour devenir des enseignants. Disons que c’est une filière longue et qui connaît une déperdition assez importante. Nous savons que qu’au Sénégal, la pharmacopée est très développée au niveau traditionnel. Une idée serait de créer un master spécialisé dans ce domaine pour produire des professionnels capables de codifier ce savoir de le transmettre et de développer de nouveaux procédés qui permettront mettre en place une pharmacopée institutionnalisée. Il en est de même pour des recherches qui pourraient porter sur le beurre de karité. En effet, bien qu’issus de savoirs ancestraux, un certain pillage est organisé et instrumentalisé par les firmes pharmaceutiques internationales à des visées totalement marchandes. Une certaine désappropriation des producteurs de ses savoirs est orchestré et prend la forme de brevets véritables freins aux partages des innovations issues pour ce qui est de notre exemple des savoirs endogènes africains. Certains m’objecteront que ce n’est pas facile. Mais ce que je tiens à monter est qu’il faut adapter l’université à son niveau local sans perdre par ailleurs sa vocation universelle qui aujourd’hui devient inéluctable.

En somme, nous retrouvons ici la problématique à laquelle devra répondre tous les champs disciplinaires au niveau des universités africaines : comment assurer des formations professionnelles pour répondre aux besoins du marché du travail et de manière générale de l’économie-monde d’une part, et d’autre part, comment développer une fonction recherche essentiellement tournée vers les problématiques africaines avec une volonté de benshmarking par rapport aux autres pays africains ?

Une autre idée que nous n’aurons pas à développer dans cet article est de voir comment réformer les diplômes pour les rendre accessible aux différents salariés qui sont en poste. Cette idée est à ses balbutiements en Afrique mais constitue un marché qui peut être ramené énormément de profits. Cela nécessite que la législation change pour mettre aux différents salariés de se former et que leur expérience professionnelle puisse être prise en compte par les parcours de formation étant entendu que le salarié devient de plus en plus acteur de sa vie professionnelle.

3- TIC, Mondialisation et réformes universitaires : 

Comme nous l’avons évoqué tout au long de cet article, penser les réformes de la formation en Afrique nécessite de prendre en considération des facteurs propres à l’économie africaine mais aussi aux contextes de l’économie mondiale.

En effet, l’économie de l’Afrique ne peut pas rangée dans une catégorisation économique comme en Europe ou l’économie des services devient hégémonique. Cette donnée est en prendre en considération en tenant en compte autant que se faire de la dimension multi polaire de cette économie ou le tertiaire, le secondaire et le primaire sont en interaction permanente. Situation paradoxale qui peut-être résumée par l’idée de Ki-Zerbo lorsqu’il disait que l’Africain a les pieds dans la tradition et la tête dans le nucléaire. Mais disons que l’idéologie des politiques des PAS était d’introduire l’Afrique dans l’économie monde en faisant l’hypothèse que cette entrée dans la modernité ferait une économie du développement. Nous ne reviendrons sur les effets pervers de cette politique économique qui a été l’aboutissement parfait des théories économiques orthodoxes faisant l’apologie de l’introduction du mangement dans les institutions faisant l’hypothèse pour du moins réductrice qu’on peut gouverner un Etat comme on gouverne une entreprise. Mais disons tout simplement que par rapport à cette situation la réforme LMD pourrait permettre aux différents pays africains grâce au marché monde, la globalisation, et les TIC de devenir un pôle émergent aussi bien dans l’adoption, la transmission que la production des connaissances en sautant certaines étapes (Gerschenkren, 1962) si nous mettons dans la logique de la typologie de Rostow (1970).

Faisons un détour qui nous permettra de situer les TIC dans l’économie de la connaissance avant de voir la place qu’elles vont occuper dans le réforme LMD sur les universités africaines et le développement économique.

Les TIC occupent dans la sphère des pays développés ou disons postindustriels un rôle de premier plan :

- Les TIC sont un facteur d’entrainement de l’économie puisse qu’elles permettent une accélération et le partage de l’innovation.

- Les TIC constituent un support plus collectif et plus interactif de la connaissance

- Les TIC permettent une baisse des coûts de la transmission et de codification des connaissances. Dans cette logique elles constituent un facteur important de croissance des externalités des connaissances.

Dans une large mesure, nous disons que le développement voire l’adoption du modèle LMD sera facilité par les TIC. En effet, elle permet d’une part de diminuer les coûts liés à la matérialisation de la transmission de la connaissance en la dématérialisant. En effet, Internet, aidant la documentation voire la recherche des informations est plus facilitée. Par ailleurs, les coopérations ainsi la création de diplômes professionnels ou de recherche entre les différentes universités africaines est facilitée. En effet, dans la mesure où cette création ne nécessite pas des déplacements physiques, les coûts sont amoindris et le partage des connaissances devient possible par l’intermédiation des forums de discussion utilisant les technologies wiki et les vidéoconférences. Cette situation n’est possible que par une politique favorisant non seulement l’accès au haut débit mais la possibilité pour les étudiants de disposer d’ordinateurs. Réformes impossibles sans une gouvernance à la fois universitaire orientée vers l’informatisation de l’enseignement supérieur et une politique étatique orientée elle aussi vers l’accès au haut débit et à la réduction de la fracture numérique.

Les TICS permettent ainsi aux pays africains de mutualiser leurs recherches mais aussi de créer des diplômes interuniversitaires tournés vers une harmonisation de certains secteurs comme la finance ou l’économie, voire la fiscalité qui déborde les cadres nationaux.

Les TICS au même titre que la globalisation économique deviennent des facteurs déterminants dans la réforme universitaire telle que la pensons. En effet avec les délocalisations des différentes entreprises, la création de diplômes avec les universités européennes ou américaines devient une nécessité.

Conclusion : 

Nous pouvons dire en guise de conclusion que la réforme LMD constitue une donnée déterminante dans l’inscription des sociétés africaines dans le processus complexe que constitue la mondialisation. En effet, l’esprit de la réforme telle qu’elle est pensée dans la stratégie de Lisbonne constitue certes une avancée dans la construction de la société de la connaissance pour l’Europe, mais devient un point de départ pour les sociétés africaines dans la perspective de mettre en place une économie du développement en corrigeant les dysfonctionnements des systèmes universitaires et de scolarisation. Corrections nécessaires pour remettre plus d’égalité et plus de justice pour tous ces jeunes issus des classes sociales défavorisées. Disons par ailleurs que cette réforme dans un esprit systémique doit s’accompagner d’autres réformes telles que le développement des PME, l’assainissement du secteur des affaires, le développement des services sociaux tels que la santé, une réorientation des outputs universitaires vers le secteur privé etc.

Par ailleurs, avec le vieillissement de la population plus connu sous le nom de papy-boom et le déficit chronique des systèmes de sécurité sociale par répartition, l’Europe étant à la recherche de main-d’œuvre hautement qualifiée (informatique) et peu qualifiée (bâtiment, restauration), et face à la non structuration des marchés du travail dû essentiellement à la faiblesse de notre taux de croissance et à la myopie de la « bourgeoisie compradore » pour reprendre Jean Ziegler,  créer et favoriser des diplômes interuniversitaires avec ces centres de formation permettra certainement à l’Afrique d’enter dans la phase d’exportation des ressources humaines devenu stratégique dans la concurrences des systèmes sociaux à l’échelle mondiale. Cette hypothèse est d’autant plus envisageable dans la mesure où les instabilités politiques ne permettent à certains pays de consolider une économie capable d’absorber les sorties du système éducatifs et que certains économistes comme David Card montre déjà que l’immigration contrairement à certaines visions dominantes et démagogiques, n’a pas d’impacts négatifs sur les économies occidentales même pour les emplois les moins qualifiés.

C’est l’hypothèse d’une immigration institutionnalisée qui est évoquée et qui doit être croisée avec une politique rigoureuse de transfert des compétences grâce à une politique de retour des cadres africains installés dans le monde.


 

Bibliographie  Alvin Toffler : Le choc du futur, Denoël, Paris, 1974, (réédition Gallimard, 1987) Alvin Toffler : La troisième vague, Denoël, Paris, 1980, (réédition Gallimard, 1988 

Dominique Foray : L’Economie de
la Connaissance
, Repères,
La Découverte, Paris, 2001

Dominique Foray et Jacques Mairesse : Innovations et Performances : approches interdisciplinaires, Editions EHESS, 1999

G. BECKER, Human Capital : A Theoritical and Empirical Analysis with Special Reference to Education, National Bureau of Economic Research, New York, 2e éd. 1975 

Karl Polanyi, Les grande transformation : aux origines politiques et économiques de notre temps, ed. Gallimard, Paris, 1983

J. FOURASTIÉ, Le Grand Espoir du XXe siècle, P.U.F., Paris, 1949 ; rééd. Gallimard, Paris, 1989

J. RIFKIN,
La Fin du travail,
La Découverte, Paris, 1996

Jacques Mairesse : “Sur l’économie de la recherche”, in Cahier des Annales, Des Sciences et des Techniques : un débat, Editions EHESS

OCDE : Tableau de bord de la science, de la technologie et de l’industrie : vers une économie fondée sur le savoir, 2001

Vincent de Gaulejac, La société malade de la gestion, Idéologie Gestionnaire, Pouvoir Managérial et Harcèlement Social, Ed du Seuil, Paris, 2005. 

Walt Whitman Rostow, Les étapes de la croissance économique

Alexander Gerschenkron, Economic Backwardness in Historical Perspective: A Book of Essays, Belknap Press of Harvard University Press, 1962.

Articles Encyclopédie Universalis 

Jean-Charles Asselin : Economie des services, Encyclopédie Universalis, version 2007

Dominique Meda : La fin du travail, Encyclopédie Universalis, version 2007

André Page, Jean-Claude Castagnos, Economie de l’éducation, Encyclopédie Universalis, version 2007 : 

Sites internet :

La lettre de l’ADEA (Association pour le Développement de l’éducation en Afrique), juillet-décembre 2005, consultable sur http://www.adeanet.org/

Jérôme Vicente, cours d’Economie de la connaissance, Institut d’Etudes Politiques de Toulouse, consultable sur http://www.univ-tlse1/lereps/present/vicente.htlm

Rapport de la Banque Mondiale sur le marché du travail: A la recherche de l’emploi-Le chemin vers la prospérité, Sénégal, septembre 2007 consultable sur http://www.banquemondiale.org/senegal 

Méthode RESEN (Rapport d’Etat d’un Système Educatif National), région Afrique, Banque Mondiale, consultable sur le site www.banquemondiale.org



[1]              Cette formule paradoxale de Fourastié au lendemain de la seconde guerre mondiale quoique hasardeuse qu’elle fût, a tendance à se confirmer et va directement à l’encontre des points de vues de Karl Marx au siècle précédent pour qui, l’expansion du capitalisme devait s’identifier au triomphe de la grande firme industrielle et à la généralisation des rapports de production qui la caractérisent.

[2]              Une distinction effective est établie au niveau des champs disciplinaires entre l’économie de l’information et l’économie de la connaissance. En effet, l’économie de l’information étudie les décisions économiques selon un contexte d’information (ingénierie décisionnelle : benshmarking stratégique, management du risque ou risk management) modélisé en forme d’information imparfaite probabilisable, incertitude non probabilisable, asymétrie d’information, information incomplète etc. Par contre, l’économie de la connaissance déborde ce cadre restrictif de celle de l’information car elle permet d’élargir les théories de la décision vers les théories de l’innovation et les théories de la croissance et d’assurer dans une perspective prospectiviste une articulation entre les comportements micro-économiques et les processus macro-économiques. La différence réside aussi dans la nature intrinsèque de leurs objets d’étude. En effet, en sciences de l’éducation ou même en psychologie cognitive, la connaissance implique une cognition, disons une capacité d’apprentissage, tandis que l’information reste un ensemble de données formatées et structurées d’une certaine façon inertes ou inactives, ne pouvant pas engendrer de nouvelles informations. Notons que les deux notions dans le contexte de la globalisation et de la mondialisation sont intrinsèquement liées.

[3]              Dans cet ouvrage, Rifkin pose la problématique selon laquelle l’ère industrielle basée sur le travail de masse s’achève pour laisser la place à une économie de l’information qui requiert des emplois très qualifiés et très bien rémunérés et très limités quantitativement et à la disparition des emplois peu qualifiés. Dans cette logique, la quantité de travail nécessaire pour produire les biens a tendance à diminuer (on est passé en 200 ans de 3000 heures de travail en moyenne à 1600 heures) et seuls les emplois de services nécessitant donc une relation de service sont appelés à rester. Aussi pense-t-il pour employer une partie importante de la population active, développer un tiers-secteur à l’image de l’humanitaire et des associations appelant par conséquent la fin de l’économie marchande.

[4] La stratégie de Lisbonne désigne un axe majeur de la politique économique et le développement de l’Union européenne arrêtée au Conseil européen de Lisbonne en 2000 et précisé ensuite par les Etats-membres lors du Conseil Européen de Göteborg. Selon les conclusions de la présidence du Conseil européen de Lisbonne, la réalisation de cet objectif nécessite une stratégie globale visant à :

-          Préparer la transition vers une société et une économie fondées sur la connaissance au moyen d’une politique répondant aux besoins de la société de l’information et de la recherche-développement ainsi que par l’accélération des réformes structurelles pour renforcer et la compétitivité et l’innovation et par l’achèvement du marché intérieur ;

-          Moderniser le modèle social européen en investissant dans les ressources humaines et en luttant contre l’exclusion sociale

-          Entretenir les conditions d’une évolution saine de l’économie et les perspectives de croissance en dosant judicieusement les politiques macroéconomiques.

[5]           En effet, de plus en plus dans les pays développés et notamment en France, les notions de pôles de compétitivité et d’intelligence territoriale visent à s’approprier des avantages comparatifs grâce au maintien et au développement d’une compétence spécifique. 

Sarkozy et L’Afrique : Du discours de Sarkozy à l’actualisation des idéologies ethno-anthropologiques

17 août 2007

:

 

 « … Le drame de l’Afrique, c’est que l’homme Africain n’est pas assez ancré dans l’Histoire. Le paysan Africain qui est depuis des millénaires, vit avec les saisons dont l’idéal de vie est d’être en harmonie avec la nature ne connaît que l’éternel recommencement du temps rythmé par la répétition sans fin des mêmes gestes et des mêmes paroles. Dans cet imaginaire, où tout recommence toujours, il n’y a de place ni pour l’aventure humaine, ni pour l’idée de progrès. Dans cet univers où la nature commande tout, l’homme échappe à l’angoisse de l’histoire qui tenaille l’homme moderne. Mais, l’homme reste immobile au milieu d’un ordre immuable où tout semble écrit d’avance. Jamais, il ne lui vient à l’idée de sortir de la répétition pour s’inventer un destin… »

                                                                                                                                                              Sarkozy, Jeudi 26 juillet 2007, Dakar.

 

Ce discours quoique vous en pensiez ne date pas du XVIII ou du XIX siècle. Il a été prononcé par une institution dans la mesure où elle représente le Président de
la République française.

A bien des égards, cette phraséologie reste foncièrement ancrée dans une conception évolutionniste des sociétés humaines et précisons le (comme le Président a osé s’aventurer sur le terrain de la détermination des caractéristiques psychologiques et culturelles de l’Africain), une typologie des sociétés et des races –l’eugénisme aidant- qui, d’une part, a bouleversé le rapport de l’Occident face aux autres sociétés humaines et ; d’autre part, a produit la plus grande barbarie humaine.[1]

 

Ce que nous essayerons de démonter tout au long de cet article, est que cette institution en l’occurrence Monsieur le Président de
la France, nous livre les soubassements idéologiques qui déterminent les relations de l’Afrique Noire à
la France et de manière générale de l’Afrique Noire au monde Occidental. Discours dont les fondements théoriques puisent leurs racines dans une philosophie de l’histoire (à vocation évolutionniste et téléologique) qui tente de décrire, de typifier et d’interpréter le développement des sociétés humaines
[2].

 

1- Analyse et impensé du discours :

Si nous analysons bien ce discours, nous nous apercevons qu’il y a une généralisation, voire une définition d’une essence transcendantale, figée immobile et qui définit des manières habituelles de faire et de penser, disons une immédiateté de la conscience. Autrement dit, l’Africain, le paysan Africain par un étrange procès, perpétue des habitudes qui témoignent de son irrationalité, de sa jouissance éternelle face à la nature qui rappelle curieusement la typologie de Senghor.[3]

 

Il n’y a aucune forme de rationalité dans cet homme qui n’arrive pas à se représenter les angoisses existentielles et pire encore l’immédiateté de sa conscience ne lui permet pas de s’inventer un destin à l’image de l’homme moderne d’après notre cher Président.

 

En somme, il y a un processus habituation, qui à la limite devient juste un ensemble de réflexes conditionnés, réponses à des stimuli de l’environnement immédiat tels qui nous sont décrits dans la psychologie expérimentale du russe Pavlov. En conséquence cet homme dénué d’une volonté prométhéenne (Descartes), d’un esprit positif (A. Comte) ne participe pas à l’Histoire, disons à la civilisation universelle.

 

En définitive, ce discours qui commence par l’Africain qui se substitue au paysan Africain et qui miraculeusement se termine par l’homme -mais nous avons tendance à penser qu’il s’agit de l’homme Africain- nous construit une essence figée, et poussons le cynisme jusqu’au bout un homme anhistorique. La société dont dépend en conséquence cet homme n’est pas dynamique et sa vie est un éternel recommencement [4] !

 

2-     Sarkozy et l’idéologie ethno-anthropologique :

Quoique ce discours puisse choquer certaines sensibilités intellectuelles et politiques occidentales et réjouir les afro-pessimistes, il faut dire qu’il s’enracine fondamentalement dans une psychologie collective ethnocentrique inconsciente, voire nombriliste que l’Occident créa, maintint, perpétua et continue de manifester par rapport aux cultures autres et qui pose la le problème de l’altérité.

 

En effet, tout doit s’ajuster aux références culturelles dominantes du monde civilisé que ce soit dans les domaine politique (gouvernance à différencier avec la démocratie), économique (conversion et ajustement de toutes les économies mondiales au capitalisme basée sur la théorie du rattrapage telle qu’elle est décrite par Rostow), de l’entreprise (managerialisme ignorant de fait toutes les règles de l’économie informelle), juridique et culturel (adopter les mêmes schèmes de consommation et de perception).

Cette donnée n’est pas nouvelle et s’inscrit dans la logique d’analyse de différentes théories apparues avec l’émergence de l’anthropologie et de l’ethnologie. Disciplines qui ont puisé dans le corpus théorique et méthodologique des sciences biologiques évolutionnistes

 

En effet, il fallait qu’on justifiât les entreprises de domination, de colonisation -entendue comme conquête par la force d’un autre territoire- et d’exploitation des ressources. En somme, justifier l’accaparement des nouveaux marchés et la soumission des indigènes -matières premières, écoulement des produits manufacturés, l’utilisation de moyens humains de production –esclavage-[5].

Les théories évolutionnistes vont constituer les bases idéologiques qui permettront par des démonstrations rationnelles ( ?) une telle entreprise. Nous vous épargnons la théorie de Darwin, mais son ouvrage De l’origine des espèces et le transformisme de Lamarck vont permettre de conceptualiser l’évolutionnisme biologique[6]. Evolutionnisme biologique que l’anthropologie et l’ethnologie vont récupérer pour l’appliquer aux sociétés humaines : ce qu’on va appeler physiologie sociale si nous nous référons à Spencer, ou d’aucuns le darwinisme social.

 

Pour schématiser, disons que ces théoriciens affirment que toutes les sociétés sont mues vers les mêmes rails de la marche vers le progrès (le fameux progrès de Sarkozy). Ainsi les ont-elles typifiées selon un schéma unilinéaire allant de la sauvagerie à la civilisation en passant par un stade intermédiaire appelé barbarie.

Le plus illustre représentant de ce courant de pensée est sans nul doute Lewis henry Morgan avec son ouvrage publié en 1859 Ancient Society.

Ce schéma de pensée va être repris dans différents travaux avec différentes variations et angles d’analyse comme la tendance inéluctable de toutes les sociétés vers la rationalisation bureaucratique (Max Weber), leur passage de la solidarité mécanique à la solidarité organique (Durkheim), des actions non logiques aux actions logiques (Pareto), de la communauté à la société (Tönnies), de la communauté primitive au communisme (K. Marx) et plus récemment, avec moins d’empreinte idéologique Toffler (le premier à pressentir l’avènement de la société de la connaissance avec sa théorie des vagues de développement : vague agraire, vague industrielle et vague de la connaissance).

 

Par ailleurs pour en revenir au discours lui-même, les propos se rapprochent de prés à ceux de Lucien Lévy-Bruhl dont l’attention était  surtout portée sur l’étude de la mentalité des sociétés primitives. Son ouvrage qui jette les bases de cette étude est Les Fonctions mentales dans les sociétés inférieures, publié en 1910. Selon lui les sociétés primitives sont caractérisées par une mentalité prélogique et mystique qualitativement différente de la logique propre à l’homme civilisé d’Europe.

Ce détour théorique et diachronique nous permet de voir que Sarkozy n’a pas fondamentalement changé de logiciel culturel et symbolique et qu’il participe de toute évidence à cette pseudoscience mélangée de préjugés et de jugements apriori que l’on peut caractériser d’opinions au sens de Bachelard et/ou d’idola au sens de Bacon.

 

Ce n’est pas ces références qui choquent en soi, mais que la plus haute institution de l’Etat puisse penser de la même manière qu’il y a deux siècles d’autant plus que les contextes économiques et politiques ont fondamentalement changé.

 

3-     Du discours de Sarkozy aux relations Afrique-Occident :

 

Nous pouvons remercier Sarkozy dans la mesure où il nous montre que malgré le progrès et la modernité qu’incarne sa société, les conceptions par rapport aux sociétés autres notamment celles d’Afrique Noire n’ont pas fondamentalement changé. Nous pensons qu’il participe de représentations sociales inconscientes (certaines incorporées et intériorisés à l’école), à des matrices de perception, à un modèle paradigmatique obsolète dont la manifestions singulière est   l’institutionnalisation politique et administrative de l’assimilation et de la déculturation imposées aux « français d’origines » et aux étrangers prétendant à la nationalité ou au travail en France[7].

 

Le problème de l’Afrique et de ses paysans se situe à d’autres à d’autres niveaux selon nous :

-         Celui de l’occidentalisation et de l’arabisation des cultures africaines conjugué à la christianisation et à l’islamisation entrainent une certaine « désappropriation du sens » et un effritement des valeurs sociales d’appartenance d’une part ; et, d’autre part, une pauvreté psychologique et culturelle collective plus dangereuse que la pauvreté monétaire ou absolue. En effet, l’homme Africain s’identifie à des référentiels qui ont été produits et construits dans des sociétés autres entrainant de fait une méconnaissance de son histoire et une explosion exponentielle des milieux de référence. Ces références posent problème dans la mesure ou elles inhibent la construction sociale et politique des identités et surtout de l’identité nationale entrainant par conséquent une dévalorisation de l’image de soi, de la nationalité et disons le du sentiment national qui conjugué aux visions projetées par les médias de masse occidentales favorise le sentiment de devoir immigrer ou de rester dans la sphère occidentale pour participer pour reprendre Sarkozy à l’Histoire.

 

-         Celui de la gouvernance politique avec l’entretien et la reproduction d’une « bourgeoisie compradore » déconnectée de la réalité, phagocytée et qui vit en symbiose avec la métropole et ses industriels. Sa caractéristique principale est une certaine fascination par rapport à l’argent, au pouvoir et aux schèmes de consommation occidentaux. Ce que les institutions financières internationales ont tenté de juguler à travers les conditionnements (bonne gouvernance : transparence, participation politique), l’introduction de la corporate governance au sein des entreprises nationales, les politiques de privatisation dont l’effet pervers et inattendu a été la désinstitutionalisation de l’Etat en Afrique Noire[8].

 

-         Celui plus grave de l’économie qui pose la problématique de la gouvernance mondiale et le fonctionnement anti-démocratique des institutions monétaires internationales en l’occurrence le FMI et l’OMC. Ce dont a besoin le paysan Africain, c’est qu’il puisse fixer ses prix de vente sans être déterminé par les marchés financiers ou que l’Etat lui fixe un prix au producteur qui puisse lui permettre de dégager des marges bénéficiaires. Ce dont ils ont besoin, c’est d’une mécanisation de la production, maîtriser les processus qualité et d’une subvention comme son collègue européen (ce qui fausse évidemment les règles de la concurrence). Ce dont ont besoin les pays africains, c’est de décider de leurs priorités économiques, d’investir dans le capital intangible, de mettre ne place des politiques sanitaires sans êtres inquiétées par les brevets des grands groupes pharmaceutiques, d’exploiter dans un esprit de développement durable leurs ressources naturelles etc.

 

Toutes ces questions posent même la problématique du développement ou de l’idéologie du développement en Afrique Noire, même s’il s’agit d’une croyance occidentale :

1-     Comment se soustraire des exigences de la realpolitik française et de manière générale des pays développés et de leur instrumentalisation des identités ethniques ?

2-     Comment passer d’économies conditionnées à des économies libres et en croissance ?

3-     Comment passer d’une aide au développement, de l’idéologie de l’économie sociale et solidaire (sentiment moralisateur) à une volonté réelle de développement ?

4-     Comment passer d’un transfert technologique qui a marqué les coopérations depuis les indépendances à un transfert des compétences ?

5-     Comment identifier et hiérarchiser les priorités et besoins dans des économies qui n’entrent pas dans aucune catégorisation économique du type primaire, secondaire, tertiaire (services) ou de la connaissance ?

6-     Comment tirer profit de la mondialisation avec la remise en question des partenariats traditionnels de coopération (entrée remarquée de
la Chine sur le marché africain) ?

 

Telles sont les questions auxquelles devraient se pencher nos gouvernants et Monsieur Sarkozy qui se pose en homme sincère, pourrait par exemple (je suis très optimiste) nous fournir des prospectivistes, économistes ou ses experts au lieu de nous construire un individu désincarné du type paysan Africain ou l’homme Africain.

 

Dia Aboubakry.

Analyste en Politiques sociales

Doctorant en gestion



[1] Pour ma part, disons que la conception évolutionniste de l’histoire des sociétés humaines a trouvé son expression la plus finalisée en Allemagne nazie fille de l’Europe des Lumières et de l’esprit positif qui a su théorisé et argumenter la théorie de la supériorité de
la Race arienne avec les conséquences que nous savons. Théorisation que nous avons retrouvée dans plusieurs pays : en Angleterre du XIX siècle, en Italie fasciste de Mussolini, aux Etats-Unis, au Japon et en Afrique du Sud avec l’Apartheid. 

 

[2] Nous mettons volontairement Afrique Noire car Sarkozy n’a pas tenu pareil discours en Libye qui fait partie du Maghreb et que Sarkozy cherche à mettre sous le joug l’UE à travers l’établissement de partenariats privilégiés avec son idée d’union méditerranéenne. Il s’agit d’une alliance stratégique à la fois économique et sécuritaire (sécuriser les portes de l’Europe mais aussi contrôler les flux migratoires africains). Une distinction effective est établie dans l’esprit des Européens entre le Maghreb et l’Afrique Noire (continent sans histoire) et cela théorisée et justifiée par la rationalité philosophique et historique comme on le retrouve chez   Hegel : « La partie septentrionale de l’Afrique (…) se trouve au bord de
la Méditerranée, superbe contrée où fut jadis Carthage et où se trouvent actuellement le Maroc, Alger, Tunis et Tripoli. On devait et il fallait rattacher cette partie à l’Europe, comme maintenant les Français précisément l’ont essayé avec bonheur ; elle est tournée vers l’Europe comme l’Asie Mineure ; tour à tour y ont résidé Carthaginois, Romains et Byzantins, Mahométans, Arabes et les intérêts de l’Europe ont toujours cherché à s’y porter
 ».

[3] Notons que Senghor en pur produit de l’intelligentsia occidentalo-centriste a crû bon de mettre
la Raison du côte de l’homme Blanc et l’affectivité du côté de l’homme Noir perpétuant de manière inconsciente la logique duale et binaire posée en termes de rationalité et irrationalité, logos et affect, mentalité logique et mentalité prélogique. En homme politique conciliant, il a crû que le métissage serait la donne, alors que l’Histoire lui donne tort. En effet, la mondialisation globalisation a eu comme effets pervers l’exacerbation des identifiés nationales (Citons le cas de
la Russie de Poutine, de
la France en 2002,
la Pologne des frères Kaczyński,
la Chine, l’Iran, le Japon etc.)
et une psychanalyse de son œuvre nous permet de dire que sa théorie n’est que le l’expression de complexes. Par ailleurs beaucoup des théories élaborées pendant les indépendances (négritude, conscienscisme, les idéologies portant sur l’authenticité du Nègre), ont permis de manipuler les opinions, d’exalter des identités ethniques, d’entretenir une certaine transe collective jouissive et de détourner les masses africaines des enjeux problématiques du développement.

[4] Notons que ce qui différencie dans l’historiographie occidentale les sociétés historiques des autres est l’écriture.

[5] Nous faisons référence à l’esclavage pour mentionner l’absence de rémunération et la soumission par la force pour travailler. Par ailleurs, pour cette période, je ne fais de différence pour des raisons d’économie et de résumé de ma pensé entre la découverte des Amériques, l’esclavage, l’essor du capitalisme et du modèle productiviste, la période des colonisations que la conférence de Berlin va entériner, le rôle de la religion dans cette entreprise etc.

 

[6] Le titre original de l’ouvrage de Darwin est : On the origin of species by means of natural selection, or the preservation of favoured races in the struggled for life

[7] Ce qui entraine des effets pervers que constituent la fragmentation du lien social dans les territoires nommés les banlieues, les problèmes liés à l’accès à la culture-capital social et capital scolaire-  et à l’emploi des populations dites immigrées. Une question me taraude pourtant : pourquoi lorsque
la France parle de l’Afrique, ce n’est qu’en termes d’immigration, ou de catastrophes ?  Par ailleurs, nous n’attendons pas des excuses ou de la repentance de la part de Monsieur le Président comme il a tendance à le penser à chaque fois. Pour la première fois, l’on assiste en Afrique à l’arrivée d’une génération au pouvoir et aux affaires qui n’a pas connu la colonisation, et qui par-dessus tout est décomplexée par rapport à l’esclavage car elle a compris que l’Histoire du monde était tragique. Ce n’est pas Louis XVI et Marie Antoinette qui vont me démentir encore moins
la France sous Vichy ou l’empire romain ou l’Egypte antique ou l’empire Perse, ou l’Empire austro-hongrois, ou l’empire peulh du Macina etc. Elle est arrivée à l’intelligence de l’Histoire du monde qui se résume en une entreprise de domination militaire et culturelle. 

 

 

[8] Notons que tous les pays qui se sont développés ont compté sur un Etat fort et que la question du désengagement de l’Etat –Etat providence, Etat social- théorisé par les néolibéraux ne s’est posée que lorsque des infrastructures ont été crées et que les entreprises, le marché et le salariat se sont consolidés. Je pense que les PAS et l’intervention des ONG ont retardé la construction des Etats en Afrique.

Bonjour tout le monde !

17 août 2007

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